Détention illégale des 49 soldats ivoiriens/Le Mali serait-il devenu un Etat voyou ?

Détention illégale des 49 soldats ivoiriens/Le Mali serait-il devenu un Etat voyou ?
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-Du  terrorisme d’Etat au chantage honteux d’Assimi Goita

-Comment le chef de la junte met en danger ses compatriotes

La question que nombre d’observateurs se posent depuis la détention illégale des 49 soldats ivoiriens au regard des actes et autres méthodes à la limite du brigandage  est de savoir si le Mali est devenu un Etat voyou. A l’analyse, le comportement d’Assimi Goita et de ses camarades de la junte qui ont  pris en otage le peuple malien, frise le terrorisme d’Etat. Qui n’est autre que la parrainage du terrorisme en utilisant l’Etat et ses moyens.

En effet, les derniers développements de l’affaire des 49 soldats ivoiriens arrêtés le 10 juillet à l’aéroport de Bamako montrent qu’il y a une manipulation depuis le début. De fait, comme le rappelle un analyste politique, la junte au Mali a «planifié, orienté et manipulé» une simple affaire de rotation de soldats ivoiriens sur son territoire. Bamako s’est empressée d’expliquer dans un communiqué le 11 juillet que ces 48 hommes et 2 femmes étaient soupçonnés d’être des “mercenaires” entrés de façon illégale dans le pays.  Pour des personnes arrivées par avion en plein jour, les autorités maliennes soutiennent mordicus qu’il y a eu une « violation flagrante » du code pénal national. Par ailleurs, le colonel Assimi Goïta et ses hommes accusent ces soldats ivoiriens d’atteinte « à la sûreté extérieure de l’État dont l’atteinte à l’intégrité du territoire ». Et le dossier serait même aux mains de la justice malienne. Ce qui est surprenant, c’est que la Côte d’Ivoire était à la 8ème rotation de ses soldats en raison d’un mémorandum signé en 2019 avec l’ONU. Ces militaires qui se sont relayés tous les 6 mois sont sous contrat avec une société privée, la Sahel aviation service (SAS), qui est basée à l’aéroport de Bamako. Mais les autorités maliennes entendaient faire payer au Président Alassane Ouattara sa présumée intransigeance sur le dossier des sanctions de la Cedeao imposées au Mali. A tort, le président ivoirien a été accusé par les réseaux sociaux au Mali de tenir la ligne la plus dure face à la transition malienne. Autant dire que la présence de ces soldats le 10 juillet 2022 était du pain bénit, un levier diplomatique inespéré pour faire pression sur Alassane Ouattara. Bamako se livre aujourd’hui à un honteux chantage. Et pourtant, les autorités ivoiriennes ont accepté d’aller à la table de  médiation souhaitée par le chef de l’Etat togolais, Faure Gnassingbé Eyadema. En dépit de tous ses efforts et sacrifices d’Abidjan, les autorités maliennes ont choisi la voie du chantage comme pour faire payer à la Côte d’Ivoire sa fermeté quand il s’est agi de prendre des sanctions contre les putschistes au Mali .Et pourtant, au lendemain  de la mission de bons offices de Lomé  à Bamako, les deux parties se sont engagées à un règlement rapide de la situation. Pour libérer les 49 militaires ivoiriens pris en otage à Bamako, selon Radio France Internationale, (RFI), le gouvernement malien demande au moins deux choses : que la Côte d’Ivoire exprime officiellement «des regrets», mais aussi que lui soit rendu «des ressortissants maliens», vivant en Côte d’Ivoire, ou simplement de passage, recherchés par la justice malienne. Un marchandage que ne saurait accepter la Côte d’Ivoire qui n’a rien à se reprocher. Ses soldats ne sont pas des «mercenaires». Et les différents communiqués du côté malien n’évoquent plus ce qualificatif pour parler des soldats ivoiriens.

Comment le chef de la junte met en danger ses compatriotes

Bamako en voulant entretenir un climat de terreur et de paranoïa  mobiliser la foule et renforcer le sentiment patriotique, met au contraire ses compatriotes vivant sur le territoire ivoirien  en danger. Point n’est besoin de rappeler qu’une grande partie des activités commerciales se passent en terre ivoiriennes grâce à ses infrastructures modernes et adéquates pour toutes sortes de transactions dont ses deux ports (Abidjan et San Pedro) sont incontournables dans la sous-région ouest africaine. A cela, il faut ajouter qu’au niveau de la fourniture en électricité, le Mali dépend en grande partie de son voisin (Côte d’Ivoire). Alors, d’où vient-il que Bamako veuille engager un bras de fer avec Abidjan sachant très bien que ses compatriotes, dans leur grande majorité souhaitent  un règlement de cette situation fâcheuse créé par la junte au pouvoir au Mali. D’ailleurs, est-il besoin de rappeler que ce  n’est pas la première fois que les autorités maliennes déclarent faire l’objet d’une tentative de renversement sans en apporter les preuves. En mai, les autorités maliennes annonçaient avoir déjoué un putsch organisé par «des militaires soutenus par un Etat occidental», sans préciser lequel. En s’appuyant sur des irrégularités juridiques et techniques, la junte avait réussi à faire d’une affaire de coulisses un scandale d’Etat. En janvier 2021, Bamako avait ordonné aux Danemark de retirer ses forces spéciales du territoire, suite à un problème d’accord relatif à leur déploiement. Une rupture de protocole contribuant au déclin de la force française Takuba, que le contingent danois devait rejoindre. En tout cas, Assimi Goïta fait feu de tout bois. Et ce, au travers d’actes où le brigandage le dispute au terrorisme d’Etat.De fait, tout a été planifié par Bamako. On se rappelle qu’une  conversation téléphonique non authentifiée,  avait été attribuée au président ivoirien et à l’ex-Premier ministre malien.Le parquet de la commune IV de Bamako avait annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour «atteinte ou tentative d’atteinte et complicités à la sûreté intérieure et extérieure du Mali».  Ah si le ridicule pouvait tuer. Sinon comment comprendre qu’on puisse se baser  sur une  pseudo  conversation téléphonique dont l’authenticité  n’est pas avérée pour accuser un Etat souverain comme la Côte d’Ivoire de vouloir renverser la junte au Mali.

La thèse de la  flagrante prise d’otages

«Le Procureur général près la Cour d’appel de Bamako informe l’opinion nationale et internationale que suite à l’interpellation de quarante-neuf (49) militaires de nationalité ivoirienne le dimanche 10 juillet 2022 à l’aéroport international Président Modibo Keïta Senou, il a instruit l’ouverture d’une enquête judiciaire pour faire toute la lumière sur cette affaire». Tel est libéllé le communiqué des autorités maliennes. A la vérité, le colonel Assimi Goïta et les siens ne voient pas non plus, d’un bon œil, les bras ouverts de Alassane Ouattara dans lesquels s’est  réfugié  Karim, le fils de l’ancien président malien, Feu Ibrahim Boubacar Keïta, qu’ils ont renversé  un certain 18 août 2020. En face, la Côte d’Ivoire qui n’a jamais accepté cette irruption des militaires sur la scène politique, ne supportait pas davantage l’arrogance des «jeunes gens» qui, en plus de leur coup de poignard dans le dos de la démocratie avaient opté, envers et contre tous, pour une si longue transition de 5 ans, ramenée désormais à 2 ans.C’est à ce jeu de ‘’je t’aime moi non plus’’ entre voisins pourtant,  liés par la géographie et l’histoire, mais surtout par un présent fait de commerce intense entre les deux peuples, que Faure Gnassingbé  a tenté  de mettre fin à la crise. Hélas ! Le comportement du chef de la junte et de ses camarades a ruiné l’espoir des nombreux malien qui voyaient cette médiation la solution à la crise latente entre les deux  pays frères. Forces est de reconnaître aujourd’hui que les autorités maliennes se sont livrées à un flagrant prise d’otages le 10 juillet dernier à Bamako.

Bloffouê Bâ

Eugene KANGA

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